La Cour du Québec conclut que l’avis requis par l’article 95 du Code de procédure civile du Québec est central au lancement d’un débat constitutionnel
Ross c. Sous-ministre du Revenu, 2010 QCCQ 790
Cour du Québec, 29 janvier 2010
Disponible à : http://www.canlii.org/fr/qc/qccq/doc/2010/2010qccq790/2010qccq790.html
Dans un contexte de droit fiscal et de droit constitutionnel, la Cour du Québec a jugé qu’un contribuable autochtone est obligé de transmettre un avis au Procureur général conformément à l’article 95 du Code de procédure civile avant de pouvoir entamer le moindre débat constitutionnel.
Voici les faits menant au litige en question :
L’affaire découle de l’envoi par le sous-ministre du Revenu de deux avis de cotisation relativement aux revenus de pêche présumés imposables du demandeur et de son opposition à ces derniers.
Après avoir déposé tous les documents nécessaires et après que le dossier a été déclaré complet par le greffier de la cour, le Sous-ministre du revenu a demandé le report du procès en raison du fait que le demandeur avait envoyé un rapport d’expert pour soutenir une revendication d’exemption constitutionnelle fondée sur les droits ancestraux sans avoir envoyé l’avis requis selon l’article 95 du Code de procédure civile.
Les arguments avancés par le sous-ministre du Revenu étaient les suivants : 1) étant donné la nature du débat, il était nécessaire d’envoyer un avis au Procureur général selon l’article 95 du Code de procédure civile; 2) la demande d’exemption constitutionnelle était à première vue mal fondée; et, (3) la preuve requise par le sous-ministre pour contrer l’allégation présentée par le demandeur (c’est-à-dire qu’il pouvait se prévaloir d’un droit ancestral), aurait été disproportionnée par rapport au montant imposable présumé en jeu dans cette affaire.
En ce qui a trait à la première question, la Cour du Québec a conclu que l’argument du sous-ministre du Revenu était bien fondé. En effet, de par la nature constitutionnelle du débat (c’est-à-dire, la question des droits ancestraux), il était obligatoire de déposer un avis en vertu de l’article 95 du Code de procédure civile, ce qui n’avait pas été fait. Ainsi, en l’ absence d’un tel avis, la Cour a empêché le demandeur de soulever l’argument constitutionnel fondé sur un droit ancestral.
En ce qui a trait à la deuxième question, la Cour a pris note de ceci : malgré le fait qu’un débat de cette nature doit explorer les contextes sociaux et historiques du demandeur de façon appropriée, le rapport d’expert qu’il a déposé ne semble pas appuyer, de prime abord, la revendication en question. En d’autres mots, le demandeur et son expert ne semblent pas s’entendre sur la question.
Enfin, en ce qui a trait à la nature potentiellement disproportionnée de la preuve requise par le sous-ministre si le rapport de l’expert était admis, la Cour a simplement invoqué la nature des droits mis en cause pour rejeter toute opposition sur ce point. En fait, tout comme on ne pourrait reprocher à une personne accusée de crime d’invoquer une argumentation constitutionnelle, il n’est pas plus approprié d’empêcher un contribuable de se défendre dans une affaire d’imposition sur le revenu.
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